Le G.P.S.: Naviguez
malin
 |
Quelle
révolution que cet engin là: Depuis qu'il est arrivé à bord
de Banik, la navigation s'est tellement simplifiée que
le plaisir a décuplé. |
J'entends déjà les puristes qui
vont crier :
"Avec le GPS la
mer est devenue accessible à n'importe qui sans expérience...
Les gens n'ont plus besoin de sens marin... "
C'est vrai qu'avec le GPS la mer
est devenue plus facilement accessible... et alors! ... Tant mieux
si cela permet à certain d'oser sortir en mer... Cela va leur permettre
de se familiariser peu à peu avec cet univers impressionnant.
Mais c'est vrai aussi: Il faut profiter de la sécurité apportée
par le GPS pour aiguiser, par l'observation et l'analyse, son
sens marin qui reste indispensable. (ça, cela demande un effort).
Tout navigateur
doit donc avoir l'intelligence et la curiosité d'observer
les éléments, les comparer avec les informations du GPS pour
comprendre les subtilités de la navigation et améliorer son
sens marin.
Attention à ceux qui ne veulent
pas faire cette démarche, la mer et l'océan feront vite payer les
hardis qui tentent de les défier sans vergogne.
Voici quelques idées pour bien naviguer
avec le GPS. Naviguer comme des marins qui tiennent compte des éléments
environnants, pas comme des terriens qui se contentent de lire
le cap à suivre pour avancer au moteur tout droit dans le désert
vers un campement isolé. (vers le "waypoint" que j'appellerai
dans le texte "point de route" pour préserver notre belle
langue).
Le choix du GPS:
Il y a des tas de modèles de GPS. Ils
sont de plus en plus sophistiqués.
En ce qui nous concerne, nous choisissons par principe les plus simples,
ceux qui donnent les informations basiques.
Car ce sont les moins chers et surtout
ils nous obligent à faire un peu marcher nos neurones pour analyser
les données et en déduire d'autres. C'est une nouvelle
manière de naviguer qui est facile à comprendre pour ceux qui
ont déjà une certaine habitude sans GPS. C'est indispensable
pour les autres, pour leur permettre de comprendre les
mécanismes des éléments perturbateurs qui influencent l'avancement
d'un voilier sur la mer.
Remplir le livre de
bord:
Le livre de bord est le premier instrument
de navigation, il est obligatoire à bord et le navigateur doit
le remplir. On y consigne les données rapportées par les instruments
et celles observées directement par le navigateur. Quand tout le
reste peut tomber en panne, il est la seule mémoire qui permette
de poursuivre la navigation par l'estime. Il faut donc tenir à jour
le livre de bord avec les positions respectives du bateau. C'est
aussi aberrant de ne pas le faire en se disant qu'il y a le GPS
que de ne pas avoir de cartes en papier sous prétexte qu'il y a, à bord,
un micro-ordinateur avec des cartes numérisées. Il est évident
que le GPS, comme tout instrument, peut tomber en panne et même
s'il y en a 2, voire 3, à bord, qui peut garantir, à part le gouvernement
américain, que le signal envoyé par les satellites restera fiable.
(Bien qu'il soit improbable maintenant que les US puissent faire
machine arrière en ne donnant plus l'accès du système aux civils).
Il faut donc remplir le livre de bord... Nous
en avons conçu un spécial pour exploiter au mieux les infos du
GPS. Voir
le modèle... Il permet d'inscrire les données brutes du GPS
et également d'en déduire les autres... Sans cela, il sera
très difficile de se repérer et de définir un nouveau cap à l'improviste.
Faire attention aux
erreurs:
Quand on fait de l'estime, la précision
de la navigation dépend de la somme des petites erreurs qui s'accumulent
les unes aux autres et qui peuvent finir par donner un écart important
entre la position réelle et celle ou l'on croit être. Quand on
navigue au GPS il peut y avoir aussi des erreurs qui s'accumulent.
Il est vrai que normalement les écarts sont moins importants mais
comme la confiance incite à se donner moins de marge de sécurité,
le danger est le même.
=> Première
source d'erreur: Le système géodésique qui est pris en compte par
le GPS est différent de celui de la carte que l'on utilise.
Les cartes françaises par exemple utilisent le système géodésique
européen ED50 (European 1950). On peut régler le GPS sur le même
système géodésique mais par défaut il est réglé sur le système
mondial WGS 84 (World Geodesic System 1984). La référence à l'un
ou l'autre de ces systèmes peut donner des écarts de 200 mètres.
Pour prendre une passe étroite de nuit ou dans le brouillard... ça
compte.
A chaque changement de carte il faut vérifier et éventuellement modifier
le paramètre sélectionné dans le GPS.
Ne manquez
donc jamais l'occasion de vous faire une idée de la précision
de votre GPS en un lieu donné (on peut espérer que cela reste
valable aux alentours).
Pour mesurer l'écart entre les
informations fournies par le GPS et la réalité, il faut prendre
les coordonnées de points remarquables tel que phare de bout
de jetée, balise lumineuse, épave... Ces coordonnées sont données
par les instructions nautiques mais plus facilement encore par
le livre des feux. Quand vous passez à proximité il suffit de
comparer sa position avec celle donnée par le GPS... En tenant
compte de la distance qui vous en sépare. (à 40 mètres d'une
haute jetée, avec une mer difficile on a parfois l'impression
qu'on va la toucher).
Pour comparer la route fond réelle
et celle donnée par le GPS (il utilise généralement l'abréviation
TRK) il faut naviguer précisément sur un alignement dont la valeur
est indiquée sur la carte.
=> Vérifiez
que toutes les valeurs sont bien exprimées dans l'unité de
mesure que vous utilisez. Un GPS peut également être programmé pour
fonctionner à terre et exprimer les valeurs en mètres ou Kilomètre
par heure. La vitesse doit être exprimée en noeuds (KT pour knot)
et la distance en milles (NM pour nautical mille).
=> Même
depuis que le gouvernement américain a supprimé la dégradation
du signal émis par les satellites, le GPS garde une erreur variable
qui dépend du nombre de satellites qu'il capte et de leur position
dans le ciel. Une faible qualité de la géométrie des satellites
peut donner une information dégradée. Il suffit pour s'en convaincre
de relever les positions indiquées par l'engin alors que l'on revient
régulièrement à la même place, amarré à un ponton.
NOUVEAU :
=> Vous
verrez plus bas que l’on utilise souvent les indications de cap
donnés par le GPS. Ce cap n’est pas un cap constaté par rapport à une
référence, comme c’est le cas avec un compas magnétique, Le cap
annoncé par le GPS est le résultat d’un calcul. C’est un vecteur
calculé entre deux positions. Les positions sont affectées de
la somme des erreurs possibles. Si le bateau ne va pas
vite, l’écart entre les deux positions n’est pas assez important
et le vecteur qui en résulte peut être discutable. Plus la vitesse
augmente, plus l’écart entre les positions calculées est important
et plus le cap donné est fiable. Nous "sentons" (y
a t-il des expérimentations sérieuses la dessus ?) que le cap
indiqué est correct si le bateau à une vitesse d'au moins 4 à 5
nœuds.
=> La
manipulation du compas à pointe sèche ou de la règle de Cras qui
n'est pas bien mise pour tracer le point sur la carte est également
une source d'erreur. Il y a aussi les erreurs d'inattention quand
on lit les coordonnées sur la carte... On se trompe de chiffre, on
oublie un segment sur le cadre de la carte ou on mesure les distances à reporter à partir
d'un méridien ou d'une parallèle, on reporte mal ces mesures sur
le milieu de la carte...
=> On
peut se tromper de numéro de point de route quand on le choisit
pour l'afficher sur le GPS (c'est pour cela qu'il est préférable
de donner un nom plutôt qu'un numéro à chaque point de route que
l'on mémorise, c'est plus parlant) ...
=> Le
GPS a en général la possibilité de tenir compte ou non de la déclinaison.
Cette différence entre le Nord géographique (Nord vrai) et le Nord
magnétique est une notion bien assimilée quand on fait de la navigation
traditionnelle. Quand on utilise le GPS, on peut lui demander qu'il
tienne compte de la déclinaison de façon automatique. Il vaut mieux
savoir comment est réglé le GPS: Cela peut donner de grosses différences
sur la route que vous indiquez au barreur: Près de 15° aux abords
des Bermudes. Il y a peu de chance alors d'arriver directement
devant l'entrée de la petite passe conduisant à Saint George.
Pour simplifier
les choses, il est préférable de régler le GPS pour qu'il donne
ses informations par rapport au Nord vrai. Cela permet de transposer
les chiffres (cap, route, azimut...) directement sur la carte
sans devoir faire de corrections. C'est une source d'erreur
en moins. Ce sera particulièrement utile pour placer un point
sur la carte à l'aide du système décrit ci-dessous.
Ne pas oublier
par contre de corriger l'information de la valeur de la déclinaison
locale et de la déviation (qui est propre au voilier en fonction
de sa route) avant de donner le cap à suivre au barreur.
Comment tracer une
position sur la carte:
1) En reportant les coordonnées
géographiques
Le GPS donne les coordonnées du bateau
en longitude et latitude. La aussi on peut choisir le mode d'affichage.
Ce que l'on utilise en général est l'affichage des chiffres sous
la forme degrés et minutes d'arc. Exemple N 51°02.327' est une
latitude puisque précédée de N pour Nord; 51 sont les degrés; 02.327
sont les minutes: 2 minutes et 327 millièmes de minute. Ce ne sont
pas des minutes et des secondes... Quand on fait du rase cailloux
il faut en tenir compte de ces millièmes: Dans ce cas ci, il valent
600 mètres:
1 minute de latitude égale un mille égale 1852 mètres. 327 millièmes
font donc 1,852 multiplié par 327 soit: 605,6 mètres.
E 002°22.226' indique une longitude
(puisque précédée par E: Est ou W pour Ouest): 2 degré, 22,226
minutes de longitude Est.
Il faut donc reporter ces coordonnées
sur la carte:
Le moyen le plus classique est de
mesurer à l'aide du compas à pointes sèches sur les bords de
la carte, les segments de latitude et de longitude à reporter à partir
du méridien ou de la parallèle la plus proche. Si on utilise
un compas d'écolier, on a un crayon et un compas en un seul instrument...
C'est moins traditionnel mais plus pratique si la mine est bien
pointue.
On relève sur le bord droit ou gauche de la carte l'écart entre le
parallèle le plus proche et la latitude à tracer. Puis à partir de
ce même parallèle et le plus près possible (à l'œil) de la longitude
du point, on trace un petit arc de cercle. On relève ensuite sur
le bord haut ou bas de la carte, l'écart entre le méridien le plus
proche de la longitude à tracer. Puis à partir de ce même méridien
et le plus près possible (à l'œil) de la latitude du point, on trace
un petit arc de cercle. La position est à l'intersection des deux
arcs de cercle.
On peut utiliser également la règle
de navigation dont on place l'extrémité sur le bord de la carte à la
bonne position. La règle doit être bien parallèle à l'axe pris
comme référence et on peut tracer directement un petit trait
de crayon dans la zone du point. L'inconvénient du système vient
de la longueur insuffisante de la règle quand le point de route
est proche du milieu de la carte.
Voir
les croquis: comment reporter un point sur une carte
Quant on à la chance de disposer d'une
table à carte grand aigle, on utilisera une grande règle en aluminium
que l'on peut placer aux bons endroits, des deux côtés de la
carte. On élimine ainsi les problèmes de parallélisme.
Dernier moyen, simple et efficace:
la feuille de papier dont on utilise un coin...
On place le coin de la feuille
sur le méridien ou la parallèle de référence, on trace un
petit trait de crayon à la bonne distance mesurée sur
le bord de la carte. Il suffit de reporter cette distance
au milieu de la carte à l'endroit voulu en prenant soin de
bien aligner la feuille sur la ligne de référence. On profite
ainsi de la découpe des feuilles de papier qui est à 90°.
Pour trouver les coordonnées d'un point
dont on à la position sur la carte on fait l'opération inverse.
2) En reportant l'azimut
et la distance d'un point
Il y a un autre moyen très pratique
pour se placer sur la carte: On utilise d'autres informations fournies
par le GPS. Non plus les coordonnées en longitude et en latitude,
mais l'azimut et la distance d'un point remarquable que l'on aura
mémorisé.
Cette méthode
est particulièrement facile et pratique quand un vise un point
de route pas trop éloigné.
Voir
les croquis pour se positionner par rapport à l'azimut
et la distance d'un point.
Sur certaine carte mises au point pour
la plaisance, on trouve l'impression de rose graduées sur 360°.
Ces roses peuvent servir de rapporteurs qui ne tombent jamais de
la table à carte et sont toujours bien alignés sur le Nord. En
rentrant les coordonnées du centre de la rose comme un point remarquable
on pourra se positionner avec une simple règle. Il suffit d'orienter
la règle sur la rose en passant par le centre et l'angle indiqué,
puis de reporter la distance à laquelle on se trouve de ce point.
Il faut toujours
vérifier la route sur la carte:
C'est très simpliste mais je le rappelle
quand même: Le GPS indique le cap à suivre entre la position du
voilier et le point de route visé. Ce cap est une ligne qui file
tout droit comme le vol d'un oiseau et qui ne tient pas compte
des obstacles à contourner ou de la hauteur de l'eau.
Dans une région comme Dunkerque (où est immatriculé Banik) il n'est
pas possible, en quittant les jetées du port, de suivre directement
le cap indiqué par le GPS vers Douvres, Ramsgate ou Ostende sans
s'échouer lamentablement sur les bancs de sable de la Mer du Nord.
Il faut toujours se placer précisément
sur la carte pour vérifier que l'on passe assez au large des dangers. Les
dangers visibles disparaissent parfois dans la nuit, le brouillard,
ou sous un grain. Les invisibles doivent être contournés largement,
quand on sait qu'il y a une différence notable entre la réalité et
ce que l'on constate sur la carte (on cumule les erreurs du GPS
et celle des cartes).
Arrondir largement
les dangers comme si on était en navigation estimée: La largeur
du cercle étant proportionnelle à la confiance que l'on a dans
sa position ou celle présumée du danger à éviter. Attention:
avec le GPS on a tendance à réduire le rayon dans des proportions
dangereuses.
On repère donc et on trace sur la carte,
la route à suivre, les détours à faire, les positions à contourner.
On vérifie qu'il n'y a pas d'obstacles aux abords de ce trait.
Chaque changement de cap sur cette route théorique est marqué par
un point de route dont on mémorise la position dans le GPS.
N'oubliez pas que la terre la plus proche
est souvent celle qui se trouve juste en dessous de la quille.
Se placer sur la carte est bien utile pour vérifier que l'on est
bien dans le chenal, par exemple. C'est une pratique constante
dans les zones à fortes marées ou le navigateur doit tenir compte
de la hauteur du fond. C'est un réflexe qui disparaît vite, en
Méditerranée où les côtes sont souvent accores et profondes...
Mais attention, il y a tout de même des cailloux isolés et peu
profonds.

Faire de la navigation
avec le GPS:
Les gens disent que
le GPS fait perdre le sens marin... En fait, il faut l'utiliser
de telle façon qu'il développe le sens marin. Il permet simplement
d'aborder les choses d'une autre manière: C'est une nouvelle
façon de naviguer. (qui n'exclut pas de savoir le faire sans)
Quels sont les éléments
de base
dont on dispose sur le plus simple
des GPS?
* Les coordonnées du bateau
exprimées en latitude et en longitude.
* La route que le bateau
est en train de faire par rapport au fond (TRK pour Track).
* La vitesse du bateau
sur le fond. (GS pour Ground Speed).
* L'azimut du point de
route par rapport à la position présente (BRG).
* La distance entre la
position présente (POS-FIX) et
celle du point de route visé: (c'est le RNG pour Range)
On dispose également, bien entendu,
du compas de route qui affiche le cap suivi par le barreur. Cette
valeur est le cap vrai affecté de la Déclinaison et de la déviation.
Elle ne tient pas compte des dérives dues au vent et aux courants.
Naviguer
c'est comprendre:
Avec tout ça on a assez pour naviguer différemment et
correctement en essayant de comprendre les choses...
On commence par donner un cap au barreur
(ou par régler le pilote). Ce cap est le cap vrai indiqué (BRG)
par le GPS augmenté de la Déclinaison et de la déviation. Puis
on règle le bateau pour que les voiles soient le plus efficaces
et la barre douce. Quand les choses sont stabilisées on retourne
voir le GPS. Si on a bien fait son boulot et s'il n'y a pas de
courant, on s'aperçoit que le BRG et le TRK sont identiques. On
ne touche plus à rien... Si ce n'est pas le cas et que l'on constate
un écart de 10 degrés par exemple, il faut corriger le cap du voilier
de 10 degrés. Dans quel sens ? c'est là qu'il faut un peu réfléchir:
Imaginons: Exemple 1: On
est tribord amure, vent de travers. le BRG est de 65° et le TRK à 55°:
il faut donc lofer de 10°.
Exemple 2: Si on était bâbord amure dans la même situation,
il faudrait abattre de 10°...
Vous ne suivez pas ? faites un petit croquis ça ira tout seul.
Et pour vous assurer que vous avez bien compris en voici un autre: Exemple
3: on est vent arrière le BRG est de 225°, le TRK est de 230°:
Il faut donc faire une route un peu plus Sud pour faire correspondre
les deux.
Pour bien suivre il faut avoir à l'esprit
le découpage du cadran: 0° au Nord, 90° à l'Est, 180° au Sud,
et 270° vers l'Ouest
Après avoir réglé le bateau, on va lire
le compas de route: Bien entendu il indique une autre valeur. C'est
cette valeur que l'on va noter dans le livre de bord avec le nom
du point de route visé, la distance restante (exemple : 51 milles)
et la vitesse sur le fond (exemple : 6 nœuds).
S'il n'y a pas de courant et que les conditions de vent restent identiques
on pourrait couper le GPS et arriver sans électronique au point choisi
dans 8 heures et trente minutes (51 divisé par 6)
Notes: Avec cette méthode
on pourrait ne pas tenir compte des erreurs: Déclinaison et déviation
pour définir le premier cap puisqu'on le corrige ensuite au vue
de l'écart... mais cela fait moins pro.
Mais ce n'est pas vraiment si
simple:
Les effets du courant:
Au portant, il n'y a pas de dérive
due au vent, le voilier fait route directement vers le point de
route: Le BRG est identique au TRK. Il faut cependant surveiller
que ces deux valeurs restent identiques.
(On reprend l'Exemple 1) Au bout
de deux heures en regardant par acquis de conscience votre
GPS, vous vous apercevez que le BRG qui était 65° est passé à 60°.
Il faut donc faire 60° maintenant pour rejoindre le point de route.
Pas de doute il y a eu de la dérive en 2 heures. On a quitté la
route idéale, la ligne droite. On a donc rallongé la route. Que
s'est il passé? Ce n'est pas la dérive du vent car on a dérivé vers
le vent. (je rappelle qu'on est tribord amure dans cet exemple)
Il doit donc y avoir un bon courant. Pour reprendre la route
ce n'est pas grave, dans ce cas il suffit d'abattre un peu. Mais
si nous étions au près et qu'il fallait remonter au vent cela aurait était
très pénalisant.
On aurait pu s'en rendre compte plus
vite. En jetant régulièrement un coup d'œil au GPS on aurait remarqué qu'en
fait le TRK était plutôt d'une valeur proche de 70° ou 75° ce qui
signifie qu'un courant traversier vient de bâbord. On aurait dû abattre
plus rapidement, changer le réglage des voiles en fonction et ainsi
coller plus à la ligne droite.
Au près, la dérive due au vent
et à la gite du voilier s'ajoute (en valeur relative) à la dérive
générée par le courant ce qui augmente ou diminue l'erreur pour
la plus grande joie du navigateur.
Une fois le bateau
réglé, il faut donc vérifier régulièrement que le TRK reste
de la même valeur que le BRG et ne pas attendre pour corriger
sous peine de rallonger la route.
Mais le GPS a bien des tours dans son
sac: Par exemple si on utilise la fonction CTS (Course to steer)
le GPS donne automatiquement la route optimale à suivre pour réduire
l'erreur latérale et revenir sur la route directe entre deux points.
Mais ce n'est pas du jeu... je n'en parlerai donc pas...
(Allez voir par vous même.. c'est
génial quand même.)
C'est pernicieux le courant...
Et il n'agit pas que sur la dérive.
Il influence aussi la vitesse et de façon d'autant plus importante
qu'il se trouve proche de l'axe longitudinal du bateau.
C'est pour cela qu'il est intéressant d'avoir un speedo en plus du
GPS. Si on constate que le voilier avance 2 nœuds plus vite quand on
lit le GPS que quand on lit le speedo, c'est que le courant venant
de l'arrière nous pousse. Si c'est l'inverse c'est que le courant vient
de face. Il faut en tenir compte pour appréhender l'heure d'arrivée.
Le GPS la donne l'heure d'arrivée certes mais il tient compte
pour cela des paramètres du moment:
Si on est en Manche on peut s'attendre que dans quelques heures les
paramètres de vitesse changeront complètement. Si on marche à 8 nœuds
avec un courant favorable de deux nœuds, après la renverse on ira à 6
nœuds (vitesse surface) moins 2 nœuds de courant soit 4 nœuds et on
mettra le double de temps pour parcourir la distance restante. Et cela
le GPS ne le dit pas.
Si on est en plein océan on pourra en déduire, par exemple, qu'on vient
de rentrer dans un courant qui ne changera pas de si tôt comme le Gulf
Stream.
Le GPS remplace t-il le speedo ? On
vient de voir que non. Le GPS indique la vitesse sur le fond. Le
speedo indique la vitesse du bateau sur la surface de l'eau. C'est
donc dommage de ne pas avoir de speedo (ou de loch qui permet de
déduire la vitesse et qui d'ailleurs est obligatoire dans l'armement
réglementaire).
Nous n'avons pas de speedo est notre loch est toujours en panne. Je
me suis donc habitué à déterminer la vitesse surface de Banik
par un simple coup d'œil sur le sillage. Je peux "sentir" le
courant car je suis toujours en alerte pour suivre l'avancement du
bateau et je détermine la force et le sens du courant par comparaison
avec la distance réellement parcourue en une heure et celle ou on devrait être
normalement à la vitesse ou avance le voilier sur l'eau.
Vous le savez déjà: En
gros si le courant perturbe sensiblement le cap à suivre, il
n'influence pas vraiment la vitesse et vice versa.
Négocier avec le vent:
C'est au près qu'il faut réfléchir et
définir les caps à suivre pour se rendre vers un point de route
situé au vent. C'est surtout le moment idéal pour virer qu'il est
difficile de définir. Le GPS peut nous aider de façon simple à ne
pas trop rallonger la route, à défaut de ne pouvoir minimiser
la peine du pauvre marin à cette allure.
Pour commencer rappelons une règle que
tous les régatiers connaissent bien: En théorie tous les bateaux
qui doivent rejoindre une marque située au vent (et qui naviguent
avec le même écart d'angle par rapport au vent) parcourent la même
distance où qu'ils soient situés au départ sur une même ligne perpendiculaire à l'axe
du vent et à condition de rester dans le secteur de louvoyage.
Il faut donc définir ce secteur de louvoyage
et vérifier qu'on en sort pas avec comme conséquence immédiate
de rallonger la route. Prenons le cas où le voilier tient 45° par
rapport au vent réel. Si vous n'en avez pas idée, tirez deux bords
en vous appliquant et faites la différence entre les deux caps
corrigés de la déviation et divisez par deux le résultat.
(Sur Banik nous étions souvent à 50° du vent par souci de confort).
Placez sur la carte le point à atteindre.
Tirez un trait dans l'axe du vent réel. Pour relever la direction
du vent réel il faut la repérer au moment du virement de bord quand
le foc faseye et non regarder la girouette pendant que le voilier
déboule à 8 nœuds. Ne confondez pas vent réel et vent apparent.
A partir du point de route à atteindre et de part et d'autre de cet
axe du vent, vous tracez ensuite deux demi droites avec un angle
de 45° (avec un angle de 50° si vous marchez habituellement à 50° du
vent). Vous venez de définir le secteur de louvoyage. Tant que vous
gardez le même angle de route par rapport au vent, que vous restez
dans ce secteur, et que la direction du vent ne change pas, vous faites
de la "bonne route".
En utilisant la règle de navigation,
mesurez sur la carte le cap vrai que vous feriez si vous naviguiez
précisément vers le point de route en restant sur chacune
des demi-droites qui limitent le secteur de louvoyage. Ces deux
valeurs de cap ne doivent pas être dépassées. C'est pourquoi vous
surveillez le BRG à l'aide du GPS.
 |
Exemple 4:
Il faut rejoindre un point situé à 30 milles au vent. Le
vent réel est en gros d'ENE, on va dire que l'on ferait cap à 65° si
on est au moteur vent de bout vers le point de route. Vous
définissez les limites du secteur de louvoyage par calcul
si vous visualisez bien le cadran de tète, ou en réalisant
simplement le tracé décrit ci contre. On obtient les valeurs
de 65°+ 45° = 110° et 65°- 45° = 20°. Quand on sera tribord
amure on virera dés que le BRG atteindra la valeur de 110°.
Quand on sera bâbord amure, on virera dès que le BRG atteindra
la valeur de 20°. Si le voiler se trouve loin de l'axe du
vent, il rejoindra très vite l'un des cotés du secteur de
louvoyage. Il tirera donc un petit bord et un long bord (ou
l'inverse). Si le voilier se trouve proche de l'axe
du vent il tirera plus de bords qui deviendront de plus en
plus petits au fur et à mesure qu'il se rapproche du point
de route. |
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Le
voilier n°1 est sorti du secteur de louvoyage: Il a rallongé sa
route par rapport au n° 2 qui parcourt exactement
la même distance que le n° 3. |
|
Si le point à atteindre est très éloigné,
il ne faut pas attendre d'être à la limite du secteur de louvoyage
pour virer de bord (celui-ci pourrait se trouver à plusieurs
centaines de milles à l'échelle des océans) Et sur une longue période
on a toutes les chances que le vent change de direction en faussant
tous ces beaux calculs. L'important est de pas sortir du cadre,
peu importe le nombre de virements de bord réalisés, la distance
reste la même. (faites un croquis et mesurez vous verrez).
En 1997, pour rentrer des Açores avec un bon NE établi on virait de
bord toutes les 12 à 15 heures en restant assez loin des limites du
secteur de louvoyage défini à partir d'un point situé à plus de 1200
milles de nous.
Il y a une autre façon de faire quand
on est encore assez loin du point de route: On peut utiliser l'indicateur
d'écart de route (CDI : Course Deviation Indicator) . Il peut se
présenter comme un petit curseur qui se déplace vers la droite
ou vers la gauche de l'axe de la route directe. On peut souvent
régler l'échelle de cet indicateur d'écart. Si les conditions de
vent risquent de changer sans que l'on puisse prévoir dans quel
sens, il est imprudent de tirer de trop longs bords. On peut alors
décider de virer à chaque fois que l'on s'est éloigné de 1, 5,
ou 10 milles de la route directe.
Encore une fois
nous insistons sur le fait de tracer les routes sur la carte
et de vérifier s'il n'y a aucun danger dans votre secteur de
navigation. Si tout est clair dans le secteur de louvoyage,
cela vous détermine une zone franche dans laquelle vous pouvez
tirer autant de bords qu'il vous plaira. Si un des cotés est
voisin d'une zone à risque, rien ne vous empêche de fermer
un peu le terrain de jeu dont vous contrôlez les limites en
surveillant le BRG.
( je ne sais pas s'il
existe des modèles de GPS avec alarme sur une valeur variable
du BRG mais ce serait une bonne idée).
Attention à l'atterrissage:
Quand on atterrit, c'est souvent sur
une balise qui marque un début de danger ou vers une baie dont
les caps sont mal débordés et ce n'est pas forcément au près: on
a donc pas délimité un secteur de louvoyage. On arrive, confiant,
en suivant le cap que nous donne le GPS. Attention, il faut impérativement
avoir défini les BRG à ne pas dépasser sous peine de plantage.
Il faut connaître la valeur de la route que l'on ne peut pas faire
pour arriver à un point. Encore une fois il faut le mesurer sur
la carte. C'est le même principe que ce qui est décrit ci-dessus,
mais maintenant il ne s'agit plus, en cas d'erreur, de devoir parcourir
un peu plus de route, mais réellement d'assurer la sauvegarde du
bateau et peut-être de ses occupants.
Conseils en vrac:
NOUVEAU :
Une petite formule
pour déterminer la valeur et le sens de la dérive :
Au moment ou on met le cap vers un point de route, je note l’inverse
du cap à faire. C’est à dire le cap que je ferais sur la route dans
l’autre sens entre ces deux points.
Exemple : Je dois faire
un cap à 30° pour aller du point A au point B. Dès le départ
je note 210° (soit 30° + 180°). Quand je souhaite connaître la
dérive, je demande au GPS d’indiquer le BRG du point A (le point
de départ). S’il est égal à 210°, il n’y a pas de dérive, s’il
est supérieur : cela signifie que j’ai dérivé à tribord ;
s’il est inférieur, c’est que j’ai dérivé sur bâbord. La valeur
absolue du courant est la différence entre les deux chiffres.
Si le BRG du point A est 204° cela signifie qu’un courant m’a
fait dériver de 6° vers bâbord. Si le BRG du point A est
213° cela signifie que le bateau dérive de 3° vers tribord.
La fonction
autostorage
enregistre automatiquement la position actuelle du bateau en lui donnant
un nom (que l'on peut modifier). On peut l'utiliser pour marquer les
bons endroits de pèche mais il faut également y penser pour baliser
les passages délicats. Quand on les emprunte dans de bonnes conditions
(mer calme, bonne visibilité) on s'efforce alors de prendre les trajectoires
les plus sécurisantes et on en profite pour mémoriser la route. Plus
tard, on remerciera le ciel quand on peut y revenir confiant, de nuit
ou même par mauvaises conditions.
Sur Banik nous notons sur une feuille (qui est ensuite mémorisée dans
l'ordinateur) tous les points de route remarquables où nous passons
et nous les identifions par un nom. Cela nous permet de gagner du temps
et de la sécurité quand on y revient un jour.
Dans le même ordre d'idée, nous ne manquons pas de mémoriser dans le
GPS la route de sortie d'un mouillage forain. Les conditions météorologiques
peuvent imposer un départ précipité de nuit. C'est beaucoup plus angoissant
et parfois dangereux de ne plus voir les fonds transparents ou le piquet
qu'il faut contourner.
Si vous avez
deux GPS
( c'est incontournable maintenant surtout au prix actuel) choisissez,
pour un des deux modèles, un appareil portable qui peut aussi fonctionner à piles:
On est pas à l'abri d'une panne générale de l'électricité du bord
(coup de foudre ou autre...). Bien sûr il faut avoir, à bord, quelques
piles du bon modèle. Ce sera bien utile aussi, voire vital, en cas
de naufrage au large pour naviguer et rejoindre la côte en survie
dynamique.
Si vous n'avez
pas de répétiteur
de GPS dans le cockpit, vous pouvez choisir pour le portable
un modèle étanche qui comporte en plus une alimentation en 12 volt.
Si vous installez une ligne jusqu'au poste de barre, vous serez
heureux du confort d'avoir l'appareil sous les yeux. Lui prévoir
un petit capuchon en tissu étanche que l'on soulève à la demande,
mais qui gardera l'engin à l'abri des intempéries et de l'ardeur
du soleil.
Un homme à la
mer!
C'est une manœuvre que l'on répète de temps en temps... Normalement!...
Il existe une fonction "homme à la mer" (MOB Man Out Board)
sur le GPS. Elle mémorise la position du bateau au moment ou on appuie
dessus et affiche automatiquement les informations de navigation pour
rejoindre le nageur.
Il faut également s'entraîner de temps
en temps à utiliser cette touche car dans l'affolement on peut
chercher comment il faut faire et cette fonction n'a d'efficacité qu'avec
la vitesse de réaction (pour ne pas déclencher le service trop
loin de la position du naufragé).
Sur notre GPS la même touche a deux fonctions: GOTO et MOB: Dans l'urgence, je
ne suis pas certain de me souvenir qu'il faut faire deux pressions
brèves pour enregistrer la position puis appuyer sur ENT pour confirmer
que l'on veut faire route vers le point MOB.
NOUVEAU :
Un homme à la mer Scénario
catastrophe.
Il y a un autre danger dont il faut
avoir conscience avec cette fonction et je l’illustre ci-dessous
avec un scénario tout ce qu’il y a de plus classique :
Quand vous appuyez sur Mob, le GPS
enregistre la position géographique précise de l’homme tombé à la
mer. C’est une information capitale.
Imaginez que vous êtes en équipage
réduit, dans un vent arrière musclé, filant à 6 -7 nœuds avec
les deux focs tangonés en ciseau et des vagues pentues qui vous
font partir dans des surfs excitants . La chute de l'homme dans
la mer est vue, vous descendez au GPS pour actionner la touche
MOB, vous remontez sur le pont pour démarrer le moteur, puis
il faut arrêter le bateau poussé par les vagues et les voiles.
enrouler les voiles cela va vite, affaler c’est déjà plus long.
Il faut saisir les tangons qu’on laisse provisoirement en position,
débrancher le pilote, faire demi tour, pousser le moteur pour être
capable de remonter le vent et la houle, régler le pilote sur
un cap approximatif qu’on a calculé de tête (si le stress n’a
pas bloqué les neurones) descendre au GPS, déchiffrer les indications
de cap à faire et celui réellement fait, remonter régler le pilote.
Il a facilement pu se passer 4 à 5 minutes avant de pouvoir faire
route directe sur le malheureux qui attend en scrutant avec anxiété si
aucun aileron ne s’approche. Si vous avez fait vite, vous êtes
déjà à plus d’un demi mille. Vous mettrez 10 minutes à 3
nœuds sur le fond (contre les éléments) pour revenir directement
au moteur à l’endroit du naufrage. L’important courant traversier
vous dévie de votre route mais ce n’est pas grave vous corrigez
le cap en permanence grâce au GPS qui a bien mémorisé la position
de l’accident et qui vous guide pour y retourner au plus court.
Vous arrivez pile à l’endroit ( à 15 mètres près) mais vous pouvez
toujours chercher, point de bonhomme. Pourquoi ? Et bien
tout simplement parce qu’il y a 2,5 nœuds de courant, et qu’en
un quart d’heure le naufragé a été emporté à plus d’un kilomètre
de là (je sais, en mer on dit des milles, mais là, les
kilomètres c’est plus parlant). Et oui, le GPS indique une position
géographique à un moment donné, mais il n’a pas dit que le gars
a dérivé. Si vous n’avez pas conscience du problème, vous ne
retrouverez jamais le gars tombé à l’eau. Et c’est vrai aussi
si vous avez des conditions deux fois plus favorables :
le gars sera tout de même à 500 mètres de vous.. Vous pensez
que vous verrez sa petite tête qui dépasse à peine de l’eau.
Je ne parle pas de la nuit…
Nous ne mémorisons
pas les routes. Nous n'utilisons pas la fonction
route, nous ne mémorisons que les points de route remarquables...
Même si le GPS le permet et qu'il suffit de tourner quand le
magicien fait Bip Bip: Cela nous force à imaginer les routes à chaque
fois différentes (en fonction des conditions), à les suivre
sur la carte...
En guise de conclusion:
Attention à un élément
pernicieux:
Veillez à garder et entretenir votre sens marin: Il s'acquiert doucement
en accumulant les milles tous les sens aux aguets. Il se perd très vite
si on ne lève pas le nez de sa carte et des instruments pour aller régulièrement "sentir" ce
qui se passe dehors.
Je sais de quoi je parle, car cela m'est arrivé.
Au large du Honduras, en route vers le Guatemala: L'engin s'arrête
tout à coup... C'est l'antenne extérieure du GPS qui a rendu l'âme
(autre source de panne imprévisible). Cela fait presque 2 ans que l'on
navigue avec un GPS et puis plus rien... Je me suis senti tout nu tout à coup.
On s'habitue très vite à la facilité.
Nous venions de Colombie, et après 3 jours de mer, dont 2 au près,
nous abordions une zone mal pavée avec des îlots et des récifs à fleur
d'eau qui s'étendent loin au large après le cap "Grâce à Dieu" (le
nom en dit long). Il a fallu retrouver rapidement les bonnes habitudes
de la navigation à l'estime... Et cela a demandé un réel effort.
Heureusement que nous
avions bien rempli notre livre de bord, nous avons pu commencer
l'estime à partir d'un point récent.
Cela a réclamé un effort...
et pourtant ce n'est pas l'expérience qui nous manquait:
En effet : Nous avons réalisé notre premier voyage
vers les Antilles avec une instrumentation minimum. A l'époque
nous n'avions pas voulu du Satnav avec lequel il fallait parfois
attendre 3 heures ou plus pour avoir un point (mais c'était déjà extraordinaire).
Le Satnav était alors amené à disparaître à cause du GPS qui venait
de sortir. Mais nous ne pouvions pas nous équiper d'un GPS dont
le prix équivalait, à l'époque, au budget de 8 mois de voyage.
Nous sommes donc partis avec pour tout instrument : Le fidèle sextant,
un vieux sondeur à éclat et un bon loch. Le loch n'a pas eu le
temps d'enregistrer 100 milles avant de tomber irrémédiablement
en panne. Nous avons donc navigué un an et demi avec seulement
un sextant une montre et un sondeur. C'est important de connaître
la vitesse du bateau pour faire de la navigation. Ne serait-ce
que pour déporter une première droite de hauteur, tracée à partir
du relevé au sextant, de la distance parcourue jusqu'au deuxième
relèvement et obtenir ainsi une position. Sans loch ni speedo,
j'avais appris à connaître la vitesse du bateau en analysant les
bruits, les vibrations, et surtout avec un petit coup d'œil à l'aspect
du sillage juste derrière la jupe qui s'enfonce plus ou moins en
fonction de la vitesse.
J'obtenais des points d'une précision moyenne de 4 à 5 milles (ce qui
est pas mal compte tenu des moyens mis en oeuvre). Pour fignoler la
navigation près des côtes, nous étions alors obligés, en permanence,
de surveiller le paysage, le sens du courant, les différences de teinte
de l'eau... Nous devions sans arrêt vérifier les impressions, douter
des certitudes quand on croit reconnaître ce que l'on cherche, arrondir
largement les dangers invisibles que l'on essaie de localiser à des
petits riens... Bref faire du pilotage comme j'en ai l'habitude depuis
plus de 25 ans.
Malgré cette belle expérience, j'ai eu du mal à reprendre la carte
lorsque le GPS s'arrêta au large du Honduras. Il a fallu refaire les
calculs de cap et de dérive avec un vent de face qui s'est établi à l'arrivée
d'un front froid en levant une mer courte qui faisait taper Banik.
Comment choisir le bon bord quand l'un nous emmène au large mais pas
vraiment sur la route et l'autre nous rapproche de l'abri des îles
de la Baie (Honduras) mais en nous faisant frôler des écueils peut être
invisibles...
On nous dira "C'est
ce qui fait le charme de la navigation, c'est à cela que l'on
reconnaît les bons marins..."
C'est vrai ! Mais quel stress lors
des atterrissages:
Quand on arrive devant une barrière de corail à fleur d'eau et que
l'on sait qu'il y a une passe large de 100 mètres, qu'aux alentours
il y a pleins d'autres passes mais qui sont de fausses passes, avec
des culs de sacs ou des têtes de roches assassines. Laquelle prendre
? La précision de notre position déterminée au sextant ne suffisait
pas à lever le doute. Il y a bien un piquet qui normalement signale
la bonne passe, mais justement le piquet n'est pas là sur le bord de
ce qui ressemble bien à un vrai passage... va t-on oser y aller ? Non
on y va pas, on navigue devant, inquiet... Par chance un pécheur local
vient d'apparaître et de sortir... Ouf c'est sûrement cela... On y
va mais on est pas vraiment sûr...
Ce fut la même chose aux Bahamas devant Bimini où on ne comprenait
pas comment il fallait faire pour rejoindre le paisible lagon. Le passage
nous semblait complètement bouché par des vagues déferlantes générées
par ce vent d'Ouest inhabituel.
Combien de nuits avons-nous passées à tirer des bords au vent d'une
terre sans oser nous approcher alors qu'une position sûre nous aurait
permis d'aller nous réfugier dans une baie ou derrière un récif...
Nous, on répond: "On ne voudrait plus
naviguer sans GPS:"
Élément incontournable de sécurité et magicien
qui nous permet de faire autre chose que de la navigation permanente
durant nos journées, le GPS élimine le stress et c'est fabuleux
pour l'augmentation du plaisir... Mais le manque de stress endort
la vigilance...
Donc: pour le GPS: Oui, à 100%, à condition:
d'analyser les informations reçues du ciel
(par le GPS via les satellites) pour comprendre ce qui se passe
réellement sur l'eau,
de rester réceptifs aux éléments extérieurs (ce
qui implique de lâcher un peu les instruments), Il est tout
aussi précis de se positionner en vue de côte par rapport à des
amers ou des alignements clairement identifiés. Il faut se forcer à le
faire et la "bonne réponse" que l'on contrôle par le
GPS renforcera la confiance en soi ou au contraire montrera l'étendue
du chemin qu'il reste à parcourir avant de devenir un bon navigateur...
de garder l'habitude du pied de pilote (au
sens large de marge de sécurité) comme si on navigue à l'estime".
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