Que penser de la météo ?

Très instructif de comparer les prévisions météo des différents sites ou plus exactement des différents modèles météo proposés par un même site.

Pour cette journée du 5 Janvier 2019 les prévisions « brutes de lecture » étaient assez contradictoires sur le même site.

Le modèle GFS 27 Kms donnait 26 nds de vent établi, 35 en rafales. WRF 9  le plus pessimiste, donnait 28 nds établi, 38 en rafales. ICON 7 Kms donnait 18 nds établi et 28 en rafales. Tout ça pour la Grande Motte vers 14 h forcissant vers 18 h. Le site dont je vous montre la photo était très largement le plus optimiste avec 10 et 17 nds de NW.

Nous voilà donc vaillamment partis avec un ris dans la GV. Sortis du port, un coup d’œil à l’anémomètre, et à l’état de la mer, pour constater que c’est plutôt ICON 7 kms qui est dans le vrai.

Tant et si bien que ½ heure plus tard nous décidons de renvoyer le ris.

 

Mauvaise idée car le vent qui devait forcir en fin d’après midi, nous la joue très en avance, les vingt nœuds sont vite atteints, nous manoeuvrons pour prendre 2 ris en anticipation de la baston.

Ca tombe bien car le thème du cours d’aujourd’hui c’était les prises de ris. Les stagiaires ne peuvent pas être dans des conditions plus réelles, et ils s’activent avec entrain. Ca tombe bien aussi car les 6 degrés ambiants donnent envie de se réchauffer.

 

Ca continue à monter à toute vitesse, la Méditerranée est fidèle à sa réputation et vers 17 h nous avons 25/26 nds en établi et des rafales supérieures à 30. C’est donc parti pour le troisième ris, mais on garde tout devant, le solent autovireur bordé plat, nous donne la puissance nécessaire pour filer 6.5 nds au près et dans le clapot. Avec trois ris c’est plutôt sympa. Barre souple, pas de départ au lof, Julia nous régale et les équipiers en profitent pour travailler leur conduite au près. En gros suivre le vent très rafaleux, gérer au mieux les molles et les risées. Le vent s’en est donné à cœur joie aussi, témoin ce relevé du vent de la journée à port Camargue.

Force est de constater que le pic avoisine les 40 nds en rafales, finalement on a bien fait de rentrer.

Excellent après midi donc, le soleil était au rendez vous et la mer plutôt agréable. Nous avons navigué 3 h 30  vous pouvez voir le parcours fait.

Revenons donc à notre météo. Fiable, pas fiable ?

La photo prise sur le site Windy nous montre la situation générale de Perpignan à Marseille.

L’échelle de valeur est crescendo du vert au violet. Nous sommes sur des valeurs « en rafales » le violet correspond entre 40 et 50 nds. Il faisait donc très mauvais temps du côté des Saintes Maries de la Mer et de Leucate /cap Bear, ne parlons pas du cap Creus.

Le vent du Nord s’engouffre dans la Vallée du Rhône et accélère entre les reliefs. Montpellier et donc la Grande Motte sont protégés par les massifs de l’Aigoual et du pic Saint Loup. Le flux est dévié et l’on s’aperçoit que la limite entre les 40 nds et les 20 nds est très mince. Il suffit d’une variation angulaire du flux de 5 ou 10 degrés et la frontière se déplace ainsi de quelques kms.

Deuxième supposition, si l’on regarde attentivement le relevé anémométrique de Port Camargue on constate que notre Mistral, fidèle à sa réputation, varie en intensité (et en direction) très très rapidement. En 1 heure il peut passer de 10 nds à 30 nds et c’est exactement ce que nous avons vécu.

Juste c’est arrivé avec quelques heures d’avance. Aucun site météo, à ma connaissance ne peut avoir une telle précision.

Résultat des courses tout le monde détenait une part de vérité. Et c’est la morale de l’histoire, en côtier et sur de courtes distances, il est indispensable de prendre un maximum d’informations en multipliant les sources. Rajouter à cela une marge de sécurité d’une force (sur l’échelle Beaufort) et admettre qu’il puisse y avoir un décalage temporel en plus ou en moins.

 

Et la morale de cette morale est qu’en Méditerranée et même en étant très prudent on peut se faire surprendre par ce type de conditions météo. Il est donc indispensable de « techniquement » savoir gérer cette situation. Il est aussi indispensable d’avoir un matériel en (très) bon état.

 

Hervé AIMÉ. Voiles d’Oc École de croisière et de voile à la Grande Motte.