Il est vrai que les gens de mer lâchent souvent la bride à leur imaginaire, ils sombrent volontiers dans une rêverie innocente et puérile et n’ont cure de la crédibilité de leurs récits.

La faute, sûrement, aux longues heures de quart passées sur le pont à surveiller l’hypothétique

danger qui justifierait, enfin, le bien fondé de ces longues insomnies.

La faute aussi, à la lune, aux étoiles,à la voix lactée, à l’horizon, aux vagues ou à la mer d’huile, aux goélands, aux dauphins peut être, à la route de lumière que trace le reflet du soleil dans le désert bleu, aux chants des sirènes…sûrement.

 

Des histoires, j’en ai plein à raconter, car la vie du marin est faite de situations inédites, bien sûr, de rencontres extraordinaires, évidemment, mais elle est surtout faite du même quotidien que tout le monde. Le marin de par le fait qu’il plisse les yeux depuis longtemps, (pour se protéger des morsures du soleil et des embruns) le marin donc, voit peut être des choses invisibles pour d’autres. En tous cas, la matière brute et généreuse qui sert à fabriquer les histoires, coule à flot, jour après jour, elle abreuve jusqu’à plus soif l’imaginaire pourtant insatiable de ceux qui veulent bien les écouter.

 

A VOUS DE DÉCIDER SI CETTE HISTOIRE EST VRAIE OU INVENTÉE.     

 

Hervé AIMÉ moniteur de Voile à VOILES D’OC l’école de croisière de la Grande Motte.

Skipper de JULIA, Croiseur de 37 pieds et compagnon de jeu de tous les jours.  

                                                    

 

 

Tout commence par un improbable courriel :

 

Bonjour, je transite à vélo du sud de l’Italie au nord de l’Espagne, le 3

Décembre ma route passe par la Grande Motte. Mon rêve est de faire de la voile.

Puis je réserver une sortie découverte pour cette date ?

Chloé… de Belgique.

On était le 20 novembre….j’ai interrogé le ciel, le soleil n’a pas hésité une seconde,

-pacte conclu me dit-il rigolard, j’en serais.

Alors si les éléments sont Ok, banco pour moi !!!

 

Quinze jours plus tard donc, elle est arrivée, a posé son vélo à côté du bateau, justaucorps, gants, bonnet, grandes lunettes de soleil, sourire éclaboussant. Aucun doute possible le point d’interrogation était là et bien là…pile à l’heure. Dès lors j’ai su que, pour elle, le mot « doute » n’a jamais existé.

 

Soleil, soleil éclatant même, Bravo !! Fidèle à ta promesse, sois en remercié. Le vent aussi est de la partie, du nord. Du nord ????... du nord évidemment au vu des 6 degrés qu’affiche le thermomètre ça ne peut pas venir d’ailleurs. Direct du pôle en passant par….. tiens, tiens,  tiens… la Belgique bien sûr.

Et là, Bingo !!, ni une ni deux, la boite à images s’est mise en route !!! Film , en noir et blanc il s’entend. Là bas, tout là bas il y a seulement quelques dizaines de kms de façade maritime mais quand même…. Mer du Nord, glaciale, tempétueuse, plages immenses chahutées par une houle acariâtre et belliqueuse, Knokke, le Zoute, Ostende la désirable…..Ports, embrumés…Zeebruges, la bière et la tête qui tournent…. Y a des marins qui pissent et il y a moi qui pleure. Du brouillard ouateux et septentrional s’élève pour toujours la plainte de Brel ;

“Zonder liefde warme liefde

Waait de wind de stomme wind

Zonder liefde warme liefde

Weent de zee de grijze zee”

Ay  Marieke, Marieke…il t’aimait tant…Oui ! moi aussi je t’aimais tant quand tu chantais ce chaotique langage flamand, en apparence si désespérant,mais que, grâce au prodige de ta voix, tu transformais en océan de tendresse.

 

Basta !!! J’arrête de délirer mais je me marre bien à l’idée de cette rencontre pour le

moins improbable.  Chloé, si menue et venant du SUD, a pris rendez vous avec Super

Mistral, l’ogre qui vient du NORD. Pas mal !! Ceci dit je n’en peux plus de ne pas savoir et ma curiosité fuse dans un nuage de vapeur d’eau (6° vous dis-je) …Mais enfin d’où viens tu ???? De l’EST me répond l’ingénue, j’ai habité plusieurs années en Chine.

????....Yes, of course…., je temporise mais je dois dire que je commence à être  partiellement déboussolé. En plus si je réfléchis un peu son objectif final est St Jacques de Compostelle soit à L’OUEST !!! No problem…Ca devient une évidence, La Grande Motte est devenue le centre du monde et cette fille là commence à me faire perdre le nord.

 

-Bienvenue à bord, on embarque, c’est parti. Déjà fait du bateau ???

- J’avais 4 ou 5 ans mon grand père m’amenait sur son voilier, pour les vacances.

Ok, 15 noeuds établis, 25 en rafales, Quand même ça va bouger. Je décide d’accorder une confiance illimitée aux premières sensations emmagasinées  auprès de grand papa.

 

Le Mistral s’en est donné à cœur joie, alternant les molles et les risées croquignolesques. Julia,

comme à son habitude, en a profité pour faire quelques pirouettes, guettant les moindres instants d’inattention de la novice pour partir dans des lofs ébouriffants.

J’ai expliqué à Chloé que les bateaux c’était fait comme ça, et qu’ils avaient bien le droit de se

marrer aussi. On a pris un ris , la mer était plate, les deux ont joué avec le vent tout l’après midi….

Les vagues tabassent, le liston est dans l’eau, Julia en rajoute, elle aime tant mesurer l’inquiétude derrière le calme affiché. Maintenant Chloé s’accroche mais son sourire n’est plus du trompe l’oeil, elle à gagné auprès de Julia la confiance, elle sait qu’une indéfectible amitié les unit et pour longtemps.

Merci la vie pour autant de simplicité.

 

Trois petits tours et puis s’en va !!!!

La belle a ré-enfourché sa monture, route à l’ouest.

 

  • Ecris, donnes quelques nouvelles…
  • Promis…

Chose promise chose dûe, ce n’est point la trahir que de vous livrer ces quelques lignes.

 -Bonjour Hervé, je repense beaucoup à cet après midi où on filait sur l’eau grâce au vent…Surtout quand je galère à pousser les pédales à cause de ce même vent.

…Cette expérience m’a donné envie d’en faire plus ! Je verrai ce qui est possible

en Belgique.

Belle satisfaction !!!!  Les Belges n’ont pas une grande réputation de marins, ils sont plus fervents de la petite reine. Alors si la mutation d’un de nos si proches voisins est en cours, je suis fier d’y être pour quelque chose.