| Les génois sur enrouleurs
Que reproche t-on
en
général à un génois sur enrouleur.?
Premièrement la fragilité du
système:
J'ai longtemps été contre les enrouleurs à cause
de ça. Je n'aurais jamais voulu gréer, à l'époque de notre premier Banik,
notre fier voilier autrement qu'en cotre avec de bons focs à
mousquetons. Nous avions eu l'occasion de donner un coup de main à un
équipage désemparé dans les Bouches de Bonifacio lors d'une brusque
montée du vent qui coucha leur voilier. Il ne leur était plus possible
d'enrouler le génois donc de réduire la toile... C'était en 1982, les
choses ont bien changé maintenant.
Deuxième critique, la
forme de la
voile:
Avec un enrouleur on n'a jamais de belles
voiles:
Si on veut un peu de creux dans un génois léger, cela fait des plis
catastrophiques quand on enroule... La performance au près s'en ressent.
Si on veut une voile de gros temps bien raide, elle ne se gonfle pas
dans les petits airs... On est obligé d'avoir plusieurs génois et on
doit hisser au port, avant de partir, celui (le génois lourd ou le
léger) que l'on pense le mieux adapté au moment. Cela ne fait donc même
pas faire des économies de garde robe... Si on a qu'un génois (forcément
médium) ou si on fait le mauvais choix, la voile qui est amenée à
supporter un vent pour lequel elle n'a pas été faite, sera rapidement
défoncée...
Quand à aller changer, à l'avant, un génois par un autre, c'est perdre
tout l'intérêt du système et ça augmente les risques car il faudra
dérouler la voile en entier pour pouvoir l'affaler (alors que
probablement, cela fait longtemps que le temps ne permet plus de porter
la toile en entier puisqu'on l'avait roulée).
Tout ça est vrai
mais:
1) Depuis
de nombreuses années les enrouleurs sont fiables. Avec du matériel de
qualité, l'argument fragilité ne tient plus. D'autant plus que lorsque
vous équipez un voilier pour la haute mer, il ne faut pas être à
quelques francs près... Prenez une bonne marque et surtout une pointure
d'enrouleur au dessus de ce qui est préconisé par le constructeur. Vous
n'aurez jamais de problèmes.
2) Nous ne
sommes pas sur des bateaux de course mais sur des voiliers de croisière
ou la sécurité prime sur la performance... La facilité des manœuvres est
importante aussi car nous naviguons en équipage réduit et tout ce qui
peut contribuer à éviter des fatigues inutiles est bien venu. Le gain en
sécurité est incontestable quand on peut rester dans le cockpit pour
diminuer la voilure au lieu de se traîner vers le pont avant en tirant
un gros sac qui ne demande qu'à passer à l'eau. La facilité de manœuvre
est incomparable quand on a du bon matériel et que l'on maîtrise les
gestes. Le seul piège est sans doute que l'on anticipe moins avec un
enrouleur. C'est tellement facile et rapide que l'on risque plus de se
faire surprendre en attendant la dernière minute. Alors qu'un changement
de foc pendant que ça brassouille c'est tellement plus compliqué, que le
bon marin l'effectuera de préférence avant que le grain noir qui est
au
loin, ne lui arrive dessus.
La solution adopté sur
Banik depuis 1993 est d'installer deux génois sur enrouleurs pour avoir
les avantages du système tout en minimisant les inconvénients décrits
ci-dessus:
Voici le pourquoi et le comment
des choses.
Sur le premier enrouleur on envoie un génois
léger. Le deuxième enrouleur est installé derrière le premier et porte
un génois lourd.
Lorsque nous sommes au
près:
Imaginons qu'il y a du petit temps, nous
avons
besoin de puissance pour déplacer notre lourde coque en acier. Nous
déroulons alors, en grand, le génois léger, coupé comme un génois léger,
avec le creux qu'il faut, placé au bon endroit pour que la voile génère
le maximum d'énergie. La voile reste toujours belle et efficace car à
partir de force 3 nous l'enroulons complètement pour dérouler en grand,
à sa place, le deuxième génois. Celui ci est forcément un peu plus
petit que l'autre puisqu'il est situé derrière mais cela n'a pas
d'importance car lorsqu'on le déroule au près c'est parce qu'il y a plus
de vent. Il est fait de toile plus épaisse, il est bien plat et il est
renforcé pour tenir tous les temps. Si le vent continue de monter, c'est
ce génois que l'on roule progressivement jusqu'à ce qu'il joue le rôle
de tourmentin. Les plis sont minimums et la voile ne se défonce pas car
elle est taillée plate et faite d'un tissus épais.
Lors des virements de bords sous génois léger, il est nécessaire
d'enrouler la voile à moitié pour faciliter son passage entre les deux
étais. C'est une manœuvre que l'on a appris à faire dans le mouvement du
virement. Pendant que la voile faseye, on lâche l'écoute, on brasse à la
volée le cordage qui sert à enrouler (pas plus de la moitié de la
longueur) puis on va border la contre écoute pendant que la voile se
redéroule. C'est un peu plus de boulot c'est vrai, mais je rappelle que
cela se fait par petit temps et que l'on utilise même pas les winchs
(sauf pour l'étarquage final). Si on est amené à tirer des bords dans un
chenal étroit, on déroule le génois lourd ou on démarre le moteur...
Au portant c'est carrément le
rêve:
C'est dans les longues tirées de plusieurs jours
ou semaines au portant, poussé par l'alizé, que l'on prend un rythme de
croisière qui n'incite pas à faire trop de manœuvres...
Dans l'alizé il y a cependant deux types de
manœuvre qui reviennent souvent: L'empannage et la réduction de voilure.
L'empannage car l'alizé passe régulièrement du NE au SE en nous
obligeant à changer d'amure... L'empannage c'est pas marrant quand c'est
le 5ème de la journée et qu'il faut inverser bomes et tangons avec
toutes les écoutes et retenues de sécurité...
La réduction de voilure (ou inversement renvoyer de la toile):
L'alizé ne souffle pas toujours à la même force, le matin et l'après
midi, le jour et la nuit... et puis il y a les grains qui peuvent
générer de violentes bourrasques passagères...
Au grand largue ou au vent arrière, il n'y a plus
de problèmes de plis qui gênent les performances ou de voiles qui se
défoncent sous les centaines de kilos de traction d'une écoute bordée à
mort... Au portant on a besoin d'un bateau facile à équilibrer, stable
sur sa route. Il est bien connu que deux focs en ciseaux, bridés sur
deux tangons, tirent le voilier par le nez en réduisant les efforts
nécessaires au pilote ou au régulateur d'allure.
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Au portant c'est carrément le rêve
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Imaginons: Nous voici donc, par exemple, au
grand largue, tribord amure, avec nos deux génois en ciseaux. Le vent
apparent est de force 4. Le génois sous le vent (peu importe le lourd ou
le léger) est déroulé en grand. Le génois au vent est un peu enroulé car
le tangon est avancé vers l'avant. Le vent tourne un peu et passe sur
l'arrière: Il suffit de dérouler le génois de tribord tout en reculant
son tangon. Si le vent vient pile sur l'arrière les deux génois sont
réglés de la même façon: même position des tangons et même surface. Si
le vent forcit un peu: On enroule un peu des deux génois... Le vent
forcit plus: on enroule plus... Si le vent passe sur l'autre bord: on
avance le tangon bâbord en enroulant un peu de génois si nécessaire, et
on déroule à tribord pour équilibrer... C'est génial: tout cela se fait
du cockpit, en toute sécurité, juste en tirant sur des bouts de
ficelles...
La grand voile, quand à elle peut rester ferlée sur la bome, avec son
taud de protection dessus, durant toute la traversée de l'océan.
Pour mettre en oeuvre tout cela, il faut
un peu
d'équipement, mais ensuite c'est tellement simple que nous n'avons plus
le courage d'envoyer le spi qui est pourtant équipé d'une chaussette.
Lors de notre dernier voyage, celui ci n'a été hissé que pour jouer à
spi vole au mouillage, ce qui a permis de l'aérer un peu...
Il faut reconnaître cependant que par tout petit temps, le spi est plus
efficace que les génois en ciseau. Il est plus grand et plus léger.
...Mais dès que le vent vent monte d'un cran, le système des génois est
plus sécurisant et on contrôle l'évolution du temps plus facilement.
Voir les détails de
l'installation:

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